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samedi 7 février 2009

Quai Branly : un miroir aux alouettes ?

A propos d’ethnographie et d’arts premiers, André Desvallées ose poser la question directement, le musée du Quai Branly est-il en quelque-sorte un attrape-nigaud ? On savait les scandales révélés par Bernard Dupaigne et la réflexion épistémologique très critique conduite par Benoît de L’Estoile dans un livre fameux. C’est à une déconstruction en règle que se livre ici l’auteur qui connaît parfaitement l’histoire du lieu et les enjeux qui sont liés au passage du musée de l’Homme à l’actuel musée du bord de Seine. Catherine Clément elle-même a écrit combien le terme d’arts premiers était ridicule, mais il faut lire André Desvallées pour comprendre combien ce projet a dérivé et a échoué à renouveler le genre du musée d’ethnographie, pour revenir à un stade antérieur aux recherches qui se sont déployées à partir du courant de la nouvelle muséologie. Ceci est d’autant plus curieux que des acteurs, et non des moindres, comme Germain Viatte, ont contribué ainsi à une vision archaïque qu’ils avaient pourtant cherché à combattre dans leur jeunesse. 

Que le musée du Quai Branly cherche à récupérer Claude Lévi-Strauss n’est pas étonnant (d’autant que ce dernier a toujours eu des positions pour le moins ambivalentes, si ce n’est réactionnaires concernant la muséologie), - ceci ne doit pas occulter le procès de l’esthétisation pour l’esthétisation, qui là, moins qu’ailleurs, n’a de sens. Certes, on sait la crise que traverse les musées d’ethnologie, prisonniers des catégories construites par la discipline et des évolutions du monde, des injonctions sociales à fabriquer des identités et des exigences scientifiques à les déconstruire, tandis que la mondialisation les bouscule. Tout ceci conduit à fuir les problèmes posées en se réfugiant dans la pure exhibition contemplative. Ce faisant, le musée du Quai Branly ne fait que confirmer une conception passéiste, si bien que le premier musée du XXIème siècle donne un goût étrange de retour en arrière ! 

André Desvallées aborde le difficile problème des restitutions et les effets de celles-ci, si on conduit le principe dans ses retranchements. Les contradictions du musée d’ethnologie sont nombreuses, l’une d’entre-elle le piège, puisque si l’objet de musée perd ses fonctions premières, ainsi une statue de vierge d’une église perd ses fonctions cultuelles en gagnant ses fonctions culturelles, et notamment en devenant un objet artistique, par conséquent une pièce d’ethnographie peut suivre la même trajectoire. Les ethnologues ne peuvent soutenir la thèse du respect de la diversité culturelle, de la restitution pour usage et des biens gérés par les communautés sans s’attaquer aux fondements du musée, qui sous-entend que l’objet perde son ancienne fonction en entrant au musée. Mais dès lors, on ne peut pas réfuter totalement l’utilisation de l’objet à d’autres desseins, un réinvestissement de sens, à des fins esthétiques par exemple. Le problème est de faire croire que nous serions alors encore dans un musée d’ethno, comme si les tableaux de saintes vierges dans les musées de beaux-arts nous enseignaient encore la religion. On peut estimer que ce n’est plus le cas et que ces objets en devenant totalement laïque, acquièrent d’autres fonctions. Ainsi le masque africain ne nous parle ou ne nous enseigne pas davantage l’Afrique que la vision d’une pieta le fonctionnement du christianisme. C’est toute l'ambiguïté du Quai Branly que de prétendre jouer sur les deux tableaux, d’où son caractère bancal, si ce n’est malhonnête. Mais la question demeure à résoudre pour les musées d'ethno en général...


1 commentaire:

Unknown a dit…

Un miroir aux alouettes n'attrape que des alouettes. Au specialiste ou visiteur "averti", c'est l'objet et non l'écrin qui parle. Rendre la visite agréable au public lambdanien, où est le mal?

Je dirais encore plus. L'opposition de l'art et du sacré n'est peut-être pas si simple que cela. Si l'émotion que le prémier évoque aujourd'hui émanait de celle qu'on ressentait jadis pour le second? Il est possible que c'est la même charge, dans une autre hotte. Cultuelle, culturelle... un serpent qui avale sa queue.

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