CayVpNAT7ml2gRzbwqbd/1MvPCt81BAtirczG/NTy3s= MuséoGraphie-MuséoLogie: Aux reflets de nos rêves
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samedi 8 décembre 2012

Aux reflets de nos rêves

Il faut bien avouer que nous étions dubitatif lorsqu'il y a quelques années nous entendions dire que le Louvre-Lens se devait d'être un musée du XXIème siècle, innovant et visionnaire. Nous pouvons enfin commencer à apprécier, même si la période de croisière de cet énorme paquebot arrimé à Lens prendra certainement quelques mois pour se régler. Il faut tout d'abord noter l'enthousiasme formidable de la population qui était bien présente lors de ce week-end de portes ouvertes, en prémisse de l'ouverture au public le 12.12.12. La foule jusqu'à tard dans la nuit donnait déjà le ton : le Louvre était attendu dans un bon esprit. C'est déjà un point positif que cette réception généreuse.
Bien sur, certains esprits chagrins pourront regretter que les médiations soient encore bien timides (mais sans doute pas encore installées complètement) et ce n'est pas à ce sujet, il est vrai, que le lieu est révolutionnaire. D'autres s'étonnent que l'intérieur du Pavillon de verre soit si peu convaincant et que la présence incongrue des géants en fin de parcours procède d'un racolage régionaliste complètement décalé. Les critiques les plus fines déplorent le manque de lisibilité de cette grande leçon d'histoire de l'art, et des liens comparatifs entre les oeuvres. Mais c'est là s'accrocher à une vision du musée trop classique. Les plus réactionnaires des critiques reviennent sur l'absence des chefs d'oeuvre au Louvre Paris. Laissons cela, si le Louvre-Lens est novateur, c'est qu'il se place ailleurs et autrement. Là où nous ne l'attendions pas.
Dans une certaine mesure, il vient confirmer ce qui n'était encore qu'une amorce au musée du Quai Branly, l'autre musée qui se proposait lui aussi d'ouvrir une nouvelle ère de la muséologie, celle du nouveau siècle. Bien des points communs semblent pouvoir être établis. D'abord François Mairesse y trouvera confirmation de ce concept qu'il entend proposer, de "muséologie de passage". Car ce sont des espaces de ballade traversés, davantage que des lieux visités, qui caractérisent aujourd'hui les espaces d'exposition. Mais surtout en affirmant la stricte égalité des expôts, en plaçant les oeuvres sur un même registre, abordées systématiquement de la même manière et en vouant l'effet de surprise à l'ensemble plutôt qu'à chacune des pièces de la collection, s'incarne une forme scénographique inattendue. Si l'on parcourt ici un paysage c'est d'abord celui de la collection rassemblée et dévoilée dès l'entrée.
Surtout, ce qui est purement génial dans la proposition du Louvre-Lens et qui pour nous signe ce lieu comme un événement muséologique inégalé, c'est qu'il fait le lien entre le musée physique et le musée virtuel. Ce qui est extraordinaire, ce sont les reflets, les jeux d'optique, les dépassements, les détournements, les floutés et l'échos des images. Car tout conduit à une perception incertaine, du pavillon d'accueil avec ses murs de verre aux reflets de la Galerie du Temps. Les oeuvres surgissent alors du temps retrouvé et trop vite disparu. C'est finalement la leçon que nous donne le Louvre-Lens, quelques oeuvres surgissent, rescapées d'un long et continu écoulement du temps qui s'évanouit inexorablement dans la perte et l'oubli. Les reflets sont comme des rêves, métaphore suprême de l'image, par nature évanouie, évanescente. Les visiteurs eux-mêmes ressemblent à ces esquisses d'architectes, qui fait que l'on ne se sent plus soi-même véritablement physiquement matériel. C'est là le suprême et malicieux retournement, une ode au portrait dans un lieu fantomatique. Arrachés à l'oubli et à la mort quelques visages, signés de Raphael, d'Ingres, ou de Georges de La Tour alors que tout le reste s'efface...
Nous sommes entrés dans l'ère du virtuel et de la dématérialisation, c'est ce que le Louvre-Lens nous signifie. Demeure quelques oeuvres qui surgissent de ce néant, pour mieux y disparaitre sans doute à terme, nous rappelant modestement que tout est éphémère, y compris ces traits de génie. Vanité des volontés patrimoniales sans doute que de prétendre en conserver les traces. De manière subliminale, le Louvre-Lens inscrit sa réflexion dans la post-médiation. A l'heure de la fragilité généralisée, d'une espèce humaine plus que jamais en péril, la Galerie du Temps revient sur cette histoire longue, mêlant brusquement les époques et les civilisations, en une formidable tirade exaltée et tel le génie de la lampe merveilleuse rend le tout vaporeux (donnant une autre signification encore au concept d'art à l'état gazeux d'Yves Michaud). C'est très fort et visionnaire.
Le Louvre-Lens est un mirage, non pas des sables, mais des mines. Un coup de grisou tout blanc, une violence douce, comme de la ouate, l'éther du temps qui passe et s'évanouit. Une trop belle image, posée là comme un ovni, dans ce pays longtemps considéré comme un trou noir. Une révélation fugitive de nos sensations. Ce qui compte ici dans cette prouesse, ce ne sont pas tant les oeuvres que les reflets. Revenir à la caverne de Platon, pour repenser le monde. Ce qu'au fond tous les habitants se demandent encore : "tout cela est-il vraiment réel ? Est-ce que cela nous est bien arrivé ?".

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